David-Alexandre Lobry

Directement à la sortie de la formation le 31 juillet 2013 il me semble, 4 jours après j'étais dans les Alpes-Maritimes, à Notre Dame D'Amirat pour aller passer un mois à travailler avec un ami dans une chèvrerie en pleine montagne, tout près du mercantour. L'expérience était géniale, la ferme était récente, tenue par deux hommes, deux compagnons Stéphane et Patrick, l'un ancien fleuriste, l'autre ancien des Télécom. Ils étaient tombés amoureux de ce lieu où ils allaient en vacances, et, ont acquis les 93ha de prairies perchés à 1300m d'altitude au sein d'un synclinal perché (formation géologique particulière, et propice au maraichage en son fond de vallée d'ailleurs) orienté est-ouest, une falaise majestueuse au nord, et un gouffre au sud. Couper du bois pour le long hiver, travailler à l'aménagement de la bergerie récente, organiser l'espace et confectionner des fromages frais, des tomes de chèvre, des fromages aux figues ou divers petits fruits ou encore la fameuse "brousse" dont je détiens désormais la recette ! J'aurais volontiers orienté mes amis Marthiens** vers ce lieu mais malheureusement Stéphane nous a quitté en septembre dernier dans un accident de tracteur, la route ravinée menant du village à la magnifique vallée perchée ne pardonne pas...

Ensuite, je suis remonté dans le Cher travailler un peu avec Yann et Joseph, puis j'ai rapidement enchainé sur des vendanges en Bourgogne, à Chassagne Montrachet, chez Philippe et Laura Coffinet-Duvernay. Si vous n'avez jamais fait de vendanges, c'est là où il faut aller ! Accueil et ambiance des plus sympathiques.

Puis nous arrivons rapidement vers la fin d'octobre, difficile de trouver un travail correctement rémunéré dans les champs pour quelques mois... Que faire ?

J'ai cherché à postuler pour travailler au sein d'ONG sur des projets de développement agricole, étant ingénieur agronome, nada ! Je suis tombé sur ONG Conseil dans mes recherches, peut-être que certains connaitront déjà. Donc, de décembre 2013 à mars 2015, j'ai travaillé par intermittence pour cette entreprise de street fundraising. C'est correctement rémunéré, je peux travailler où je veux en France, quand je veux pour des durées de 5 semaines. J'ai alors travaillé pour WWF, Care, Aide et Action, Aides et la Croix Rouge. J'ai rencontré toute une troupe de marginaux géniaux au sein de ce travail. Cette activité a constitué ma source de revenus jusque mars 2015.

Ma plus grosse interruption s'est située en 2014, de fin mai à septembre 2014, où je suis allé prêter main forte autant que je le pouvais à mon poto Jacques Garnavault, dans sa ferme de La Baurie, dans le Périgord. Jacques est impressionnant de volonté, vous n'en croiriez pas vos yeux si vous étiez passés chez lui au mois d'août l'année dernière sachant que le travail maraicher à proprement dit avait débuté en février de la même année ! Des gros bisous mon pote ! Je t'envoie un mail dans la foulée aussi !

Cette période m'a permis d'expérimenter avec Jacques, bien sûr les joies de la production, mais aussi tout ce qui a trait au réseau nécessaire à mettre en place pour exister dans la localité, commercialiser ses produits, se sentir reconnu et son travail respecté, oui les débuts au marché de Thiviers ont été très très compliqués. Sachez que les marchés sont souvent gérés par des entreprises privées, non par les mairies et qu'il est bon d'être de conivence avec le responsable des placements sur le marché. Sinon tu connais les mêmes difficultés que Jacques, heureusement que ses produits étaient les meilleurs et que les clients ont soutenu Jacques et l'ont suivi sur ses emplacements changeant chaque semaine.

Et j'ai continué à développer de mon côté mon projet de formateur/consultant en agriculture biologique par le biais du maintien et la réhabilitation de la fertilité biologique des sols, principalement en contexte maraicher.

Aujourd'hui je travaille aux Etats-Unis, au sein de la Montana State University sur leur ferme expérimentale. Etant venu ici pour accompagner mon épouse, je suis allé à la rencontre des maraichers bio du coin, et j'ai atterri sur la ferme expérimentale de l'université, à 10 min en vélo de chez moi. La rencontre s'est passée à merveille, en gros ça s'est passé ainsi :

 
Moi-même : "Bonjour, Je suis un agronome français et je cherche à travailler au sein d'un système biologique de petite échelle"
David Baumbauer (responsable du Plant Growth Center) :  "C'est ce qu'on fait ici ! On travaille en s'inspirant des travaux d'Elliot Coleman, du livre "Le Jardinier Maraicher" de Jean-Martin Fortier, qui se sont inspirés des maraichers français d'ailleurs !"
Moi-même : "je ne pouvais pas mieux tomber ! Je connais bien le travail de Fortier, Coleman... tout ça tout ça !"
Mac Burgess (docteur en physiologie végétale, mon "patron" actuel) : "Et tu peux travailler ?"
Moi-même : "Bien sûr ! C'est ce que je cherche !"
David Baumbauer : "Génial ! Enfin quelqu'un qui va comprendre ce qu'on fait ici !"

Et on a commencé notre collaboration début avril 2015, qui va perdurer jusque septembre 2016, durée du contrat de mon épouse ici. Je cultive divers légumes, diverses variétés à chaque fois, ces expérimentations sont notamment destinées à sélectionner les variétés les mieux adaptées pour les maraichers locaux avec qui nous sommes en très bon contact. J'entretiens autour de 1500 m2 de légumes plein champ et un peu plus de 500 m2 sous serres mobiles sur rails et travaille aussi sur des variétés céréalières et sur des cultures de couverture.

Nous débutons avec un ami Kenyan le développement d'un sujet de thèse sur la fertilité des sols en maraichage biologique, comparant serres et plein champ. Nous effectuons donc des analyses sur prélèvements de sol, de bimasse végétale, utilisons des capteurs de la respiration du sol (rejets de CO2 principalement), effectuons toutes les analyses que nous estimons judicieuses, dans la limite des moyens matériels actuels du laboratoire. Moyens destinés à s'améliorer d'ailleurs !

Ainsi, je suis en phase de fortification de mes connaissances scientifiques en termes de compréhension des paramètres en jeu dans la fertilité des sols, leur analyse tout en effectuant le travail maraicher sur ces diverses cultures que je gère de mes petites mains de plus en plus caleuses ! Je côtoie donc au quotidien les gourmands de tomates, le sarcloir, la houe, le tracteur avec sa rotobineuse, la motobineuse, l'ordinateur avec ses publications scientifiques et le pH-mètre, le spectrophotomètre dans le labo... Je sens que je me rapproche "dangereusement" de la réalisation de mon projet.

Le retour en France est prévu en septembre 2016. Je prévois d'ici là de développer un certain nombre de supports de formation sur diverses thématiques précises réunis au sein d'une offre de formation assez large que je compte proposer à divers organismes de formation, au sein des réseaux de l'agri bio genre GRAB, assos locales, chambres d'agri (Même eux ouais! ^^)...

Voilà pour ces deux années suivant ces deux mois et demi de rêverie à 30 à Sainte Marthe. Ce dont je veux vous faire part au sein de ce mail c'est finalement ceci, ne croyez pas que ce n'est qu'une rêverie. Elle restera à ce stade si vous vous en désaisissez. Ne vous attendez pas, vous le savez mais il est bon de le garder à l'esprit, à ce que vous réalisiez votre projet au sortir de la formation. Restez même ouverts quant à ce projet, gardez un fil conducteur mais autorisez l'intervention de l'inattendu, de la nouveauté, c'est ainsi que finalement, vous réalisez chaque jour votre projet.

J'ai passé deux années de folie quand je me retourne sur elles, je n'ai pratiquement pas pris de vacances car je suis constamment en vacances finalement, j'aime ce que je fais au quotidien. Parfois les difficultés se font ressentir mais la belle vie en vaut la peine !
J'invite chacun à faire un tour des copains de la session de formation d'été 2013, Jacques, Béa, Luc, Sébastien, Amandine M cinq maraichers, Amandine T à fond dans le trait maraicher, Kristel qui lance son commerce de bonne santé de proximité et j'en passe ! Sainte Marthe a été pour nous tous ce tremplin qui nous a permis en premier lieu à chacun de nous sentir légitimes et soutenus dans nos démarches.

Bien le bonjour à toi qui lit ce message !
Mes belles amitiés aux formateurs et tous les intervenants.
Des gros bisous à tous mes copains que j'ai pas vus depuis trop longtemps !

David-Alexandre Lobry

Un intra-terrestre (selon la formule consacrée de Yann ^^)
Contact : da.lobry"@"gmail.com
 
** Marthiens = les stagiaires du centre de formation de la ferme de Sainte Marthe