Interview de Fabrice, maraicher de Poincy

Interview de Fabrice Maurice, maraîcher à Poincy (77) : www.maucicedepoincy.fr

En tant que maraîcher, quel est votre revenu ?

En gros, mon revenu annuel est de 26 415 € avant impot.

Combien d’hectares travaillez vous ?

Je travaille sur une surface totale de 13 hectares : 1.2 ha cultivés sous abris, 6 à 7 ha en légumes, 0.5 ha de bandes fleuries, 1 à 2 ha en engrais vert, haies et bandes enherbées.

Combien d’heure par semaine de travail ?

3000 heures annuelles sur 49 semaines pour mon frere et moi ***.  Et 40 heures semaines en moyenne / an  pour un aide familial et 2 salariés.

*** ce qui fait plus de 60h de travail par semaine

Combien de paniers par semaine ? 

Nous avons débuté en AMAP en début 2009, avec deux  groupes qui ne se focalisaient pas sur le bio. Le fait de ne pas être en AB nous avait fermé les portes d'autres groupes.

Depuis nous sommes passés de l'Agriculture Raisonnée, qui ne nous satisfaisait pas,  à la "Production Intégrée" qui pour le coup n'a pas de définition légale comme l'AR ou l'AB. Les choses évoluent maintenant et nous avons des contacts avec des groupes en création.

Deux petites amaps (par le montant du chiffre d'affaire) avec qui nous travaillons representent 10% de nos recettes, soit 50 000 € annuel. Nous faison 83 paniers par semaine  pour 125 adherents.

Quel est prix de vente de votre panier ? 

Ce sont des choix faits par les amapiens en fonction des tailles des familles et si les repas sont tous pris a domicile ou non. En moyenne : 9,35 € / semaine, sachant qu'il y a des  amapiens avec des paniers toutes les semaines ou  deux semaines à 10, 18 ou 20 €.

Quel est le cout de la livraison ( si il y a livraison ) ?

Il faut  avoir la chance de ne pas livrer trop loin, ou sur Paris, pour ne pas exploser le budget transport !  On arrive à 2 € de frais de transport par panier, parce qu'on livre à 35 km de chez nous, mais des volumes moyens.

Quelle est la qualité de vie d'un maraîcher selon vous ?

Depuis l'avenement de la grande distribution dans les années 1980 ( j'avais 14 ans en 1980 alors, et 22 ans quand j'ai repris l'exploitation de mes parents), j'ai pu voir notre qualité de vie se dégrader. Car pour vendre, faire rentrer de l'argent et vivre de notre metier, il fallait satisfaire la demande du consommateur de produits toujours moins cher et hors saison, car les grandes surfaces attiraient toujours plus.

Donc de gros investissements en materiel, en serres, utilisation de produits phyto pour gagner du temps... Et travailler toujours plus, jusqu'à ne plus avoir de vie privée.

Oui , le temps est venu de faire marche arriere maintenant. Mais il est bien tard ! Les exploitations et les maraichers ont disparus par milliers en Ile de France. De nouveaux venus, utopistes néo-ruraux pour la plupart sont tentés par l'aventure... j'en suis heureux, mais les anciens ont disparus avec leur savoir faire et leur culture du travail... et on ne devient pas maraicher comme on devient facteur (noble métier par ailleurs).

Je vois autour de moi des maraichers "venant de la ville" qui s'installent, soutenus par des  fonds publics et qui travaillent en dilettante et s'octroient des congés en plein été...

Les Amaps en ce sens sont de formidables outils pour retisser les liens entre producteurs et consommateurs-citoyens, pour faire redécouvrir comment et d'où vient ce qu'il y a dans nos assiettes.

A travers notre experience et celles des collègues, on s'apercoit qu'il y a beaucoup de travail d'explication à faire aux Amapiens, qui sont pourtant des précurseurs et volontaires dans cette démarche. Le calcul du prix de revient  d'un légume dont 50 % est du à la main d'oeuvre... Ca, c'est dur à faire avaler ! Faire comprendre que les tomates, c'est de juillet à novembre au moment où ils n'en veulent pas et non en mai et juin quand ils en ont envie, ils comprennent mais ils ne s'y font pas !

Donc pour les maraichers qui sont installés, l'espoir renait avec en perspective des conditions de vie qui devraient s'améliorer, un retour à un travail plus intéressant .

Mais pour relancer la production en France avec de nouveaux venus, je leur souhaite de tout coeur de réussir, mais leur route sera longue et difficile !

 

Un grand merci à Fabrice, son site internet : Maurice de Poincy

Contact :
email : mauricedepoincy@orange.fr
téléphone : 06 46 38 01 21
site internet : http://www.mauricedepoincy.fr