Vigneron sans aide

Je pratique la bio depuis 1974 et ma fille a  pris la suite depuis 1999 passant de 4 ha  à 12 ha.

Lorsque j'ai commencé en 1966 la viticulture, j 'ai continué a travailler comme le grand pere qui était réputé comme bon viticulteur. Pourquoi changer ce qui marche ? Le seul probleme était le prix de vente de l'hectolitre, j 'ai donc decidé a la stupéfaction de tout le monde de vendre en bouteille, et on m'a dit : "tu fais de la bio !!!"

J'ai été surpris d'autant plus que les techniciens de la chambre d'agriculture m'ont dit : "c'est une mode qui passera". J'ai donc signé un contrat avec Lemaire Boucher, applicable aussitôt car je faisais de la bio sans le savoir.

Quelques années auparavant, j 'avais essayé sans succès les nouvelles methodes et avec meme certains déboires. J 'ai donc vite abandonné. Bien entendu, tous mes voisins riaient, même ma mère était très sceptique et essayait de me dissuader.

Quand aux rendements pendant la période "chimie", ils variaient du simple au double (de 50 hl/ha  à 100hl/ha) selon le climat et la pluviometrie.

A partir du moment ou j 'ai été en bio, les rendements se sont stabilises à 60hl/ha et un degré alcoolique supérieur (il faut relativiser ce dernier resultat car de nouveaux cépages m'ont permis ce gain). Certaines parcelles plantées dans les cailloux donnent 20hl/ha, d'autres sans engrais donnent jusqu 'à 100hl/ha . Ma moyenne (60hl/ha) est celle du canton.

Mes voisins arrachent leurs vignes, nous, nous plantons ...! Nos vins sont vendus un peu plus chers que la moyenne , il y a quelques années, 3 de mes vins étaient vendus au même prix que la coop du village voisin, le BIO en plus.

Je n 'ai jamais demandé aucun prêt à la banque, j'ai autofinancé tous mes investissements, j' ai meme pu supporter une année de grêle  (80% financierement). J'ai commencé a expédier du vin en Belgique dès 1967, puis en GB, puis en Allemagne, en Suisse et maintenant au DK ...! Bien sûr, j'ai suscité la jalousie de mes voisins qui ont dénigré mon travail (ceci rapporté par mes clients), en disant que je trichais et que je traitais la nuit ! (En fait c'était contre la flavescence dorée).

Le Lycée agricole, dans la formation de ses élèves, supprimait du programme tout ce qui avait trait a l'"organique", j 'ai encore le livre de Soltner ou sont rayés au crayon ces paragraphes. Mais épié par la Chambre d'Agriculture (un technicien passait tous les jours devant mes vignes), ils se sont aperçus que finalement, cela marchait.

Alors ils sont venus en visite, avec l 'Ingénieur de l'IPPV (protection des vegetaux), puis ca été le tour du Lycée (encore avant hier...!). Il faut reconnaitre que nous étions trois bio vin dans le secteur et que mes autres confrères n'étaient pas à la hauteur d'ou un discredit certain sur la bio. Ils pratiquaient une forme de "non culture"avec des rendements très bas.

Par ailleurs, une autre forme de bio : la" biodynamie" laisse très interrogatif. J'ai moi même suivi une formation et été très déçu et pas convaincu de la technique préconisée.

De même que ceux qui pronent les vins sans sulfite. Ca peut marcher pour une petite cuvée mais pas assez pour le généraliser, aussi la nouvelle mode des vins "naturels", non filtrés, non stabilisés, bruts de cuve, chers et pas qualitatifs, de mauvaise tenue. Le SO2 à petite dose est un mal nécessaire a la bonne conservation du vin et sans danger pour la sante. Il ne faut pas etre plus royaliste que le roi.

Il n 'empêche que boire du vin bio, cela évite les maux de tete et les brulures d'estomac (le mien pourrait le  confirmer).

Nous avons fort à faire pour contrecarrer les études de pseudos journalistes qui dissertent sur des sujets de leur bureau parisien. Il est vrai que certains opportunistes essayent de profiter du bio , mais en général, ils bottent en touche tout en ayant discredité ceux qui travaillent sérieusement. Merci et continuez la lutte.

Jean-Claude Loupia

Si vous souhaitez entrer en contact avec M. Loupia, merci de nous envoyer un email à redaction@formationsbio.com

 

Considération techniques

Je vous ai donné quelques indications sur mon parcours, j'ai oublié de parler de l'aspect technique qui a mon avis est plus important, en effet tout au long de ma "carriere" j'ai été confronté a divers problemes.

J'ai regardé autour de  moi le  travail de mes voisins : ceux qui travaillaient bien et pour quoi, et les autres. J'ai essayé de voir les améliorations que l'on pouvait apporter aux  techniques et au travail, sachant bien qu 'à chaque region et à chaque "microclimat", la technique et la facon de travailler peuvent évoluer.

 

L'analyse des sols

Avant de se lancer dans la bio, faire un état de la situation, analyse des sols : voir les carences en K et P, rectifier, sans apport massif, le taux d'humus doit etre superieur à 1,2 a 1,5% pour avoir un bon équilibre du sol, cette reserve d'humus permettra d'avoir des récoltes plus régulières (rétention d'eau en période sèche). Sinon apporte de la matiere organique, le marc de cooperative (a faire fermenter si possible) peut faire l 'affaire  15 a 20 t/ha et ensuite lorsque le taux est satisfaisant, 6 à 10T/ha suffisent ce qui permet de faire l'impasse une année.

Contrairement a ce que l'on veut nous faire croire, le marc agit assez rapidement. Nous avons fait des essais sur céréales, le blé cultivé sur "marc" accusait 10 cm de plus , en vigne même resultat. Bien sûr 4 a 5 t/ha de fumier c'est encore mieux, la qualité du produit recolté sera meilleure. Apres épandage, un griffage suffit (ou disquage). Les façons culturales sont indispensables : "un binage vaut deux arrosages". 8 à 10 façons/an, labour profond en hiver (sols argileux) selon les sols et griffage si les sols sont caillouteux.

Dans mon secteur, les vignes sont plantées à 2m/1,50m, ce qui nécessite un rognage régulier en période végétative, défavorable à la maturité, dans les régions ensoleillées, les feuilles protègeront les raisins. Dans d'autres regions (Alsace, Bordelais), les rognages sont sévères et adaptés au climat.

Mes plantations 2,50m sur 1m (ou 0,80 m) pour une densite /ha plus grande : on peut ainsi passer plus facilement avec les épandeurs et le matériel, de plus, un seul pamissage manuel suffit, puis un rognage léger. Vignes hautes (piquets de 2m soit 1,70 m hors sol) 1er fil a 0,70 m, travaux de taille et de cueillettes plus faciles.

Le labour d'hiver très important, apres vendanges griffage du sol pour décompacter puis charrues sans versoirs et buttage sur la souche pour pouvoir decavaillonner plus facilement ce dernier a executer avant que la végétation ne pousse trop. A cet effet, la deca entre les roues av et ar (Boisselet) est parfaite ( anti torticoli!!!). Au fur et a mesure, les labours de plus en plus superficiels, (éviter les moments chauds).

 

Les traitements

L'araignée doit disparaitre, car les traitements tuent ses prédateurs ; reste les vers de la grappe ; le bacille de thuringe est efficace meme melangé à la BB. (Inefficace si mélangé a des systemiques).

Le cuivre, preconisé a 12k/ha a été ramené a 3k/ha, traiter 1 rangée sur 2 et décaler à chaque traitement, si forte pression mildiou, passer tous les rangs au meme dosage.

Contre les vers de la grappe, piéger et compter les papillons pour déterminer la date de traitement (4 jours maxi).

Appareil de traitement : privilégier les appareils qui pulvérisent de bas en haut (la face en contact recoit 90% du produit, l 'autre 15 a 20% (d'où chaque rang si forte pression mildiou).

Il faudrait essayer pour éviter le decavaillonnage de faire un semis de trefle blanc nain qu 'on pourrait laisser en place sur le rang. Je n'ai pu réaliser cette experience avec succes par manque de moyens. En terrain "herbeux ", préférer la deca avec petit versoir pour enfouir l'herbe, sinon la lame racleuse doit suffire.

La cueillette manuelle (onéreuse) ou mécanique ne posent aucun probleme particulier. La machine permet de cueillir a maturité optimale et rapidement (régularité de la maturité du raisin).

Se méfier des vins sans SO2 dont la conservation est limitée et tres risquée, se méfier des modes et des "désirs" des consommateurs, une dose de SO2 de 20mmg/l à la mise en suffisant, un collage permettra" d'adoucir" les vins et une filtration sommaire évitera les gros depôts que les consommateurs n'apprecient pas. Le boisé est souvent excessif et doit etre discret, il ne doit pas masquer les qualites du vin. Le boisé est un bon moyen de valoriser les presses, les excès de tanin sont adoucis par le bois et donnent de bons résultats gustatifs.

 

Le rendement

Les rendements ne doivent pas baisser et doivent être semblables a la moyenne du canton, chaque parcelle rendra ce qu'elle peut donner : "la vigne est bonne fille, elle rend ce qu'on lui a donné".

Ne jamais se lancer dans la biodynamie directement, d 'abord maitriser la bio. Ensuite, c 'est un choix personnel, sachant que les rendements risquent de baisser sérieusement et que le prix de vente ne sera pas toujours a la hauteur espérée.

Le seul et véritable échec a été "la flavescence dorée" au debut, n 'ayant pas les produits et le processus adapté, par la suite, de nombreux essais ont permis de régler cet épineux problème.

Il faut rappeler que la vigne, monoculture intensive et spoliatrice, est certainement la moins bio des productions biologiques, d'où certains traitements indispensables en culture et que le vin est un produit fragile  créé par l'homme, d 'où la nécessite du SO2.

Chaque opération doit etre effectuée à la bonne période.

 

Conclusion

Je pense avoir brossé un tableau assez complet, qui peut être amélioré, chaque viticulteur doit observer, scruter, comparer, faire des essais et être fier d'offrir à ses clients un produit sain et respectueux de la nature.

Jean-Claude Loupia

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